Kodjo Epou

Kodjo Epou

 

Pour certains compatriotes, des gens sans aucune ambition pour l'avenir de leur pays, de leurs enfants, le Togo peut toujours continuer de faire semblant d'exister sur l'echiquier international. L'essentiel, pour eux, c'est de participer, sans obligation de resultats. C'est ainsi que des parts considerables de nos maigres ressources peuvent etre utilisees dans le seul souci d'exister, de faire de la figuration. Juste participer. Pas plus.

Au Gabon, le Togo s'est contente d'assister a la CAN. Il n'a meme pas particicipe, pourrait-on dire. Pour arreter ces interminables errements qui ruinent le pays et hypothequent dangereusement l'avenir de la jeunesse, voici, en matiere de sports par exemple ce qu'on peut faire. Il s'agit de trois choses.

1- dissoudre immediatement cette equipe nationale pour une periode de 10 ans.

2- re-institutionnaliser les championnats de première et deuxième divisions en y mettant les moyens appropries.

3- redonner leur valeurs aux competions scolaires et universitaires en encourageant les jeunes talents avec des bourses d'etudes et toute sorte de motivation.

Ce travail qui suppose une politique sportive nationale adequate pourrait commencer a produire des resultats palpables entre 5 et 10 ans. On pourra alors mettre en place une equipe nationale composee a 80% de joueurs locaux et s'engager dans les competitions internationales. Le Togo possede de grands techniciens bien formés en education physique et sportive. Ces professionnels, mal recompenses, mal remuneres, traversent leur carriere professionnelle comme des lettres passent a la poste. Beaucoup de ces eminents cadres meurent dans le denuement apres une retraite de besogneux.

On ne peut pas s'attendre a des resultats a la CAN, moins encore a une coupe du monde quand le ministere des sports et la Federation de Foot sont totalement incapables d'organiser, chaque annee, le championnat national. Les memes minimalistes pointeront les defaite du Gabon, pays organisateurs, et de la Cote d'Ivoire, detentrice du trophee. Injuste comparaison, car il n' y a aucun rapport, aucun lien. Devons-nous a chaque fois justifier nos deboires par l'echec des autres?

Oui, il n'y a pas de moyens, dira t-on. Cela peut etre vrai, le Togo etant un petit pays faible economiquement. Mais qu'on nous explque alors pourquoi on s'apprete a decaisser des milliards pour organiser a Lome un sommet de dingues pompeusement appele "sommet Israel-Afrique". Quel est le rapport entre ces sommets onereux et le developpement qui endigue la misère et cree les conditions de l'emergence?

Le prestige, rien que du prestige, c'est ce en quoi nous sommes doues au Togo. Et on continue, avec la somme de ces evenements de prestige sans lendemain, de faire de la prestidigitation a la place de veritables politiques reformatrices. Des vendeurs de sable, voila la terne image que nous projetons de nous-memes.

Kodjo Epou
Washington DC
USA

Farida est un nom courant. Mais celle qui repond a Bemba Nabourema est unique. D'une poigne d'enfer, robuste, vigoureuse, parfois rude, elle a les traits de l'heroine qui manque tant au Togo. Son courage debordant, son discours decapant sont source d'espoir, un espoir en berne. Farida ne  cherche pas ses mots ni ne tergiverse pour formuler sa haine contre le pouvoir. Et, ses paroles parlent pour la majorite des Togolais.

 

Face a la  misere violente qui frappe son pays, Farida enrage et refuse de reconnaitre l'autorite de Faure Gnassingbe. L'activiste accuse le president de delabrer l'Etat, d'abimer la nation. "Le non respect des regles au sommet incite au non respect des formes a la base". C'est donc sans respect aucun qu'elle questionne Faure, le tutoie avec acharnement, lui deniant tout egard, toute civilite. Son combat est d'abord un heritage familial, puis une mission citoyenne visant a delivrer son pays des rives du calvaire, des griffes d'une vieille dictature qui propage la misere, qui enrichit les reseaux mafieux occidentaux et des bandes organisees d'escrocs locaux.

Dans le regard de Bemba Nabourema se lit une revolte que nul ne peut apaiser, contre le clan, contre le club. Et, au dela, contre tout ce qui devalorise ou deshumanise les peuples  d'Afrique. Son engagement se mesure seulement a l'aune des injustices et brimades subies par les peuples d'Afrique, des souffrances immenses qui s'abattent sur les Togolais depuis des decennies.

Regard tranchant dans un visage angelique, langage cru, parole acerbe, Farida a tout des heroines noires qui avaient, dans le passe, dirige des luttes de liberation pour delivrer leurs peuples de la servitude. Ses signatures sont tout feu tout flamme et s'arrachent.

L'ex etudiante de American University of Washington DC, n’accepte pas les illusions et fantasmes d'un regime suranne accroche a des mythes obsoletes, cherchant desesperement a faire croire que le pays s'ouvre et avance, alors que l'agenda cache du clan vise a faire du Togo une monarchie forte. Pour cette Tchokossi engagee, le Togo est un enfer et ses populations victimes d'une barbarie qui ne peut generer que sang, larmes, cloaques et mort.

Cela fait des annees maintenant que Farida denonce, par ses analyses interpellatrices, ses decryptages teigneux, le Golgotha togolais. Elle refuse toute idee de fatalite et s'emploie a montrer que l'immense majorite de ces concitoyens, toutes ethnies confondues, veulent que l'empire s'ecroule, que se precipite la fin du regime UNIR sur la terre de ses aieux, une terre malmenee par une dictature atroce qui a ceci de monstrueux qu'elle a l'air et se croit irremplacable.

Le Togo est, en Afrique, l'une des rares nations a n'avoir jamais connu dans son histoire une heroine de renom. Farida va t-elle boucher le trou? Elle est prete en tout cas a marteler les esprits, a secouer les consciences, et, avec bravoure, montrer au reste du monde que le Togo vit des decennies d'obscurantisme, sous un systeme de tous les replis, de toutes les regressions. Elle se sait seule mais ne plie pas l'echine. Qu'il soit difficile a une hirondelle de faire le printemps, elle n'en a que trop conscience. Mais Bemba sait qu'elle gagne en surface et que sa base, chaque jour, s'elargit. Elle a surtout appris, par l'histoire, que c'est une femme, la reine-mere Nana Yaa Asantewa, dans l'ancienne Gold Coast, qui avait, au moment ou les hommes faiblissaient, pris le devant pour mener une guerre victorieuse, contre les Anglais.

Sur la voie de ces puissantes femmes africaines au destin marque au fer, telles les Reines Nana Yaa Asantewa, Ndate Yalla Mbodj (Senegal), Abla Pokou (Cote d'Ivoire), Seh Dong Hong-Beh ( Dahomey), Farida denonce avec force l’inacceptable passivite de notre peuple face a son destin en pointilles. Elle refute avec dexterite l'alpha et l'omega de ce que les Togolais, docilement resignes, semblent finalement maitriser le plus: attendre, endormis, l'heure de Dieu.

Kodjo Epou
Washington DC
USA

 

Le Togo a ses propres realites". Ce n'est pas une tendance temporaire ou un glissement accidentel. C'est une devise, consacree par UNIR. Sept millions d'ames doivent s'y complaire. Resignees, ou presque. Naturellement, l'Etat, deconnecte du peuple, totalement failli, boite et plie sous le poids des phobies du parti gouvernant.


 
"Le Togo a ses realites" tient lieu d'un heritage politique immuable, d'une vision prophetique inattaquable. Il sert de chapelet dans les casernes et est recite comme "Notre Pere qui est aux cieux" dans les milieux proches du pouvoir. Il s'agit en effet d'une echappatoire qui veut que le Togo ne ressemble a aucun autre pays sur terre. En son nom, la nation qui est encore la notre s'obscurcit, se recroqueville dans ses phobies  (de la morale, de l'ethique, de la democratie) et se calfeutre dans une gouvernance anachronique caracterisee par une peur instinctive des vrais chiffres, des vrais comptes. L'Etat togolais est devenu une penible exception en Afrique. Un etat dont l'ADN deglingue et degenere jour apres jour, dont le centre de gravite est irreperable, son equilibre socio-economique etant, du fait de la corruption, dynamité avec grands eclats de rires, sans etats d'ame.

Comment va alors cet Etat togolais? La question, dans un pays normal que regissent des institutions normalement operationnelles, s'adresse au president de la Republique qui a obligation d'y repondre. A toute allure. Devant les citoyens. Devant les élus du peuple. Cela s'appelle, au Benin et au Ghana voisins: faire l'etat de la nation. Rien a voir avec les discours lineaires de fin d'annee.

Dans le pays qui ne veut rien ceder sur ses realites, demander que le Chef presente en bonne et due forme l'etat de la nation est un voeu pieux, un desir utopique et même, parfois, un crime de lese majeste. Le jour ou, par miracle, le premier responsable de l'Etat va accepter de se preter a ce devoir republicain, c'est sans doute qu'il se presentera devant les deputes avec des chiffres etranges a faire perdre a Pythaghore ou, plus pres, a Jules Henri Poincare,  leur genie de mathematiciens. Finalement, le Togo est par excellence le pays ou les dirigeants ne sont nullement contraints de rendre compte, toujours au nom du meme principe sacre: "chaque pays avec ses realites."

C'est ainsi que chez nous, les rêves s’évanouissent, sans que d’autres s’éveillent. Imperturbable, le cycle du temps poursuit son œuvre, bloquant tous les horizons. L’année 2016 s’en va sur un suspense, 2017 démarre sur un thriller, "business as usual". L'Etat ronfle, siphonné par les goinfreries d'une classe dirigeante malveillante.  Pendant ce temps, la majorité crève la dalle et se demande, a l'entree de la nouvelle annee, si l’avenir parviendra à s’affranchir de ses douloureuses parentheses. Toute prévision est aléatoire. La jeunesse, ayant depuis longtemps perdu le Nord, confond les rues chinoises de Lome, a de hauts faits economiques, a des indicateurs fiables d'une emergence assuree. 

Parce que "le Togo a ses realites",  l'histoire continue de dérouler ses séquences desagreablement repetitives, de prolonger les attentes, les souffrances. Le tableau ne porte aucune écriture de fierté, aucun motif d’espoir. Le cas togolais, en Afrique de l’ouest - il faut le dire - est un cas de toutes les complications. Et, bien malin est celui qui pourrait dresser, avec précision, le portrait du Togo de demain.

Comment tout cela va finir? C'est cela la vraie question que se posent les Togolais de tous les jours. Les Souvenirs sont lancinants, l'avenir, lui aussi, lancinant. L'annee qui commence va-t-elle redressser la courbe du plongeon? Rien n'est moins sur.

Kodjo Epou
Washington DC
USA

Qu'est ce qui peut justifier cette attente du président congolais avec un air de sot (pied de grue) au pied de la Trump Tower a New York si ce n'est qu'une obscene publicite. De quoi s'agit il en realite? Un president africain mal ou pas du tout elu, tres impopulaire sur le continent et dans son propre pays va rencontrer un megalomane americain anormalement elu grace a la pratique surannee des grands electeurs (son adversaire, Clinton Hillary, l'a devance avec pres de trois millions de voix): cette rencontre est un non evenement. Mais la ou le bas blesse, c'est que l'Americain avait tenu tambour battant, tout au long de sa campagne, des discours haineux et de denigrement sans mesure contre les Africains. Au lieu d'envoyer, pendant sa transition, un signal intelligent qui rassure ou corrige son ignorance vis-a-vis des noirs a domicile et en Afrique, Donald n'a pas trouve mieux sur ce grand continent qu'un tyran aux mains tachees de sang, l'extravagant Sassou, pour parler, nous dit-on a Brazzaville, de la Lybie et des problemes du continent. En recevant ce Congolais pourri en mal de legitimite, Trump est en train de proferer une autre insulte, une de trop, a l'encontre de la race noire. Simon, il y a plus representatif et plus frequentable en Afrique pour eclairer la lanterne du président deja defficient,Trump, sur les questions africaines. Doit-on se résoudre a donner raison a Michelle Obama lorsque celle-ci disait, pendant sa campagne pour Hillary, que "les Americains ont besoin d'un adulte a la Maison Blanche"? Recevoir N’Guesso a l'occasion de ce qui apparait comme le premier pas diplomatique de Trump envers le continent africain, c'est vraiment un geste totalement immature.

Kodjo Epou
Washington DC
USA