lundi, 02 janvier 2017 08:28

Le Point de Kodjo Epou: Et l'etat de la Nation? Featured

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Le Togo a ses propres realites". Ce n'est pas une tendance temporaire ou un glissement accidentel. C'est une devise, consacree par UNIR. Sept millions d'ames doivent s'y complaire. Resignees, ou presque. Naturellement, l'Etat, deconnecte du peuple, totalement failli, boite et plie sous le poids des phobies du parti gouvernant.


 
"Le Togo a ses realites" tient lieu d'un heritage politique immuable, d'une vision prophetique inattaquable. Il sert de chapelet dans les casernes et est recite comme "Notre Pere qui est aux cieux" dans les milieux proches du pouvoir. Il s'agit en effet d'une echappatoire qui veut que le Togo ne ressemble a aucun autre pays sur terre. En son nom, la nation qui est encore la notre s'obscurcit, se recroqueville dans ses phobies  (de la morale, de l'ethique, de la democratie) et se calfeutre dans une gouvernance anachronique caracterisee par une peur instinctive des vrais chiffres, des vrais comptes. L'Etat togolais est devenu une penible exception en Afrique. Un etat dont l'ADN deglingue et degenere jour apres jour, dont le centre de gravite est irreperable, son equilibre socio-economique etant, du fait de la corruption, dynamité avec grands eclats de rires, sans etats d'ame.

Comment va alors cet Etat togolais? La question, dans un pays normal que regissent des institutions normalement operationnelles, s'adresse au president de la Republique qui a obligation d'y repondre. A toute allure. Devant les citoyens. Devant les élus du peuple. Cela s'appelle, au Benin et au Ghana voisins: faire l'etat de la nation. Rien a voir avec les discours lineaires de fin d'annee.

Dans le pays qui ne veut rien ceder sur ses realites, demander que le Chef presente en bonne et due forme l'etat de la nation est un voeu pieux, un desir utopique et même, parfois, un crime de lese majeste. Le jour ou, par miracle, le premier responsable de l'Etat va accepter de se preter a ce devoir republicain, c'est sans doute qu'il se presentera devant les deputes avec des chiffres etranges a faire perdre a Pythaghore ou, plus pres, a Jules Henri Poincare,  leur genie de mathematiciens. Finalement, le Togo est par excellence le pays ou les dirigeants ne sont nullement contraints de rendre compte, toujours au nom du meme principe sacre: "chaque pays avec ses realites."

C'est ainsi que chez nous, les rêves s’évanouissent, sans que d’autres s’éveillent. Imperturbable, le cycle du temps poursuit son œuvre, bloquant tous les horizons. L’année 2016 s’en va sur un suspense, 2017 démarre sur un thriller, "business as usual". L'Etat ronfle, siphonné par les goinfreries d'une classe dirigeante malveillante.  Pendant ce temps, la majorité crève la dalle et se demande, a l'entree de la nouvelle annee, si l’avenir parviendra à s’affranchir de ses douloureuses parentheses. Toute prévision est aléatoire. La jeunesse, ayant depuis longtemps perdu le Nord, confond les rues chinoises de Lome, a de hauts faits economiques, a des indicateurs fiables d'une emergence assuree. 

Parce que "le Togo a ses realites",  l'histoire continue de dérouler ses séquences desagreablement repetitives, de prolonger les attentes, les souffrances. Le tableau ne porte aucune écriture de fierté, aucun motif d’espoir. Le cas togolais, en Afrique de l’ouest - il faut le dire - est un cas de toutes les complications. Et, bien malin est celui qui pourrait dresser, avec précision, le portrait du Togo de demain.

Comment tout cela va finir? C'est cela la vraie question que se posent les Togolais de tous les jours. Les Souvenirs sont lancinants, l'avenir, lui aussi, lancinant. L'annee qui commence va-t-elle redressser la courbe du plongeon? Rien n'est moins sur.

Kodjo Epou
Washington DC
USA

Read 159 times Last modified on vendredi, 13 janvier 2017 18:13

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